Ainciart Bergara : le makhila, c’est eux !

Photos Ainciart Bergara

Peu d’objets sont plus emblématiques et résument mieux à eux seuls la culture et l’âme basque que ne peut le faire le makhila, « pointé de fer » embelli de corne, de laiton, d’argent, voire d’or. Les plus beaux sont construits dans un petit atelier de Laressorre, petit village situé à quelques kilomètres d’Espelette, dans lequel la famille Ainciart Bergara fabrique des makhilas depuis plus de deux siècles.

Un makhila (bâton en basque) est d’abord un objet utilitaire, en l’occurrence un bâton de marche mais c’est aussi une arme. Il suffit d’en dévisser le pommeau pour y découvrir une dague. « Il date d’une époque où les moyens de transport étaient peu développés et les chemins pas toujours sûrs, il était à la fois une aide à la marche et une arme permettant d’intimider l’ennemi ou de le combattre au besoin ».

Depuis 7 générations

Au Pays Basque… et ailleurs, quand on parle de makhila, un nom arrive très vite dans la conversation, Ainciart Bergara. Derrière ce nom, une famille et une histoire qui dure depuis plus de 200 ans, depuis Gratien Ainciart, né aux alentours de la Révolution, jusqu’à Liza Bergara qui représente la septième génération en passant par Charles Bergara  et sa fille Nicole qui dirige aujourd’hui l’atelier de Larresorre.  C’est le mariage de Marie-Jeanne Ainciart avec Jean Bergara en 1926 qui modifie la signature des makhilas. Précédemment signés « Ainciart », les makhilas sont depuis signés « Ainciart Bergara ». Couronnement de cette longue tradition, depuis 2011, les makhilas Ainciart Bergara sont inscrits à l’Inventaire des métiers rares de l’Unesco pour la sauvegarde du Patrimoine Culturel Immatériel.

Un makhila, comment c’est fait ?

Pour faire un makhila, on utilise exclusivement du néflier. Celui-ci est scarifié sur pied après une dizaine d’années de pousse et va devoir sécher entre 15 et 25 ans après sa récolte. Sur cette tige, on monte les viroles en laiton, maillechort ou argent massif qui sont mises en formes et brasées. Les pièces sont ajustées par forçage entre bois et métal. Elles sont faites sur mesure en fonction du diamètre de la tige. Le bas se termine par un trèfle (la pointe) en fonte. Les viroles sont ensuite décorées grâce à différentes techniques : gravure à l’échoppe et au burin, guillochage, poinçonnage et travail à l’aide de limes. Une tresse en cuir de chevreau qui se glisse au poignet constitue la touche finale. Le montage d’un makhila demande environ 3 jours de travail. Charles Bergara, âgé de 90 ans prétend lui, que pour faire un makhila, « il faut… 25 ans ».

Un makhila, ça se mérite

Si un jour vous entrez dans l’atelier de Larressore, ne vous attendez pas à aller choisir votre makhila dans un rayon. Chacun est une pièce unique réalisée sur mesure. Vous serez reçus par Nicole Bergara qui vous demandera votre taille et votre poids. Elle vous demandera aussi une devise (par exemple : Makhila eskuan Nabila Munduan - Le makhila en main, je vais de par le monde) qui sera traduite en basque puis ciselée à son tour sur la virole du haut ainsi que votre prénom et votre nom. A partir de là, vous devrez vous armez de patience et attendre jusqu’à près d’un an pour les Makhilas d’honneur en argent. Ils sont tous signés « Ainciart Bergara, Larressore » et possèdent l’année de fabrication sur la virole inférieure. En matière de budget, comptez de 220 € à 650 € pour un Makhila d’honneur à la décoration en argent, voire beaucoup plus pour des modèles spéciaux.

Le makhila, un objet… mais pas que !

A l’image de certains couteaux, le makhila est un magnifique objet, surtout dans ses versions les plus luxueuses. Cependant, sauf cas particulier, il n’est pas destiné à rester dans une vitrine. Il reste un bâton de marche et de nombreux pèlerins de Saint-Jacques de Compostelle l’utilisent encore aujourd’hui. Pour citer Charles Bergara, « Il faut plusieurs milliers de kilomètres pour venir à bout du trèfle » (la pointe). Le simple fait de le prendre en main, d’en caresser la tige ou le pommeau a même un effet très apaisant.

Mais un makhila c’est plus que cela. Au Pays basque, il se transmet de génération en génération et fait partie du patrimoine familial au même titre que l’Etxe (la maison). On l’offre pour de grandes occasions (mariages, départ à la retraite, anniversaire, etc) et celui qui le reçoit est aussi honoré et ému que celui qui l’offre. Il est emblématique de la culture et l’âme basque parce qu’il les résume parfaitement. Il emmènera en le soutenant son propriétaire au bout du monde comme ce peuple basque qui peut sembler parfois un peu « rugueux » mais qui se révèle incroyablement solide et chaleureux et fort d’une culture richissime. http://www.makhila.com/

publié le : 13/07/2016

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